vendredi 13 février 2009

XI

Amours funestes

Mon amour, au détour des plus belles années,
Moi qui fus emporté par un élan fatal,
Je ne garde de vous qu’un vieux goût de métal
Et le parfum amer de vos roses fanées.

Je contemple à présent ces ardeurs surannées
D’où vous broyiez mon cœur sur votre doux étal :
Fallait-il vous hisser sur ce haut piédestal
Pour endurer les maux de mille âmes damnées ?

Vos yeux froids ont perdu leur eau de diamant,
Ce soupçon de saphir semblable au firmament
Qui me fit succomber, ô ma muse idéale ;

Et pour brouiller l’esprit de votre vieil amant,
Votre pâle paupière occulte savamment
Un œil mort et laiteux aux reflets de l’opale.

K

samedi 31 janvier 2009

X

Morosité

Quand les wagons usés se ferment en grinçant
Et qu’hurle une sirène au timbre métallique,
Un ogre de béton, de son boyau béant,
Avale goulûment la foule antipathique.

C’est un vaste parcours en de noirs souterrains,
Un climat de tombeau sans étoile et sans lune,
Un chaos fracassant d’écrous et de vérins ;
On croirait s’enfoncer dans la fosse commune.

Compagnons rechignés, ô blafards ennemis,
Votre fiel n’a d’égal que votre peau cireuse
Dont les pores puants suintent d’aprioris :

Otez de vos faciès cette moue odieuse !
Mais dans un crissement, se fige le cercueil,
Et la voix décharnée : « arrêt Porte d’Auteuil ! »

K

dimanche 30 novembre 2008

IX

Mercure

Mon cœur feint les contours d’un splendide croissant ;
Il rayonne d’argent, sur une toile obscure,
Et au creux d’une oreille attentive susurre
Son amour infini pour l’astre du Levant ;

Mon cœur berce mon corps d’une douce chaleur
Mais son fard, pâle et blanc, aux teintes effacées,
Ne saurait réchauffer les étoiles glacées,
Désertes et figées sous sa maigre lueur ;

Mon cœur bat lentement, au rythme des marées,
Gorgé d’un sang ourlé de lames diaprées,
Tel un acier trempé de fer et de mercure ;

Mon cœur n’a plus le goût de battre la mesure ;
Il sombre à tout jamais, sous un voile discret,
Et prive l’océan de son terne reflet.

K

mercredi 8 octobre 2008

VII

Dégénérescence

Sous les pans de béton, j’étendrai mes racines,
Par les sols infestés d’urine et de toxines ;
De l’humus avarié j’extrairai le poison
Suant de mille chairs en décomposition ;

De ma feuille malade à ma branche pendue,
Je filtrerai l’air sal, mais à peine perdue
Et pleurerai le temps du soleil et du vent
Comme les ont connus mes ancêtres d’antan.

Je n’ai plus de couleur, je n’ai plus de parfum,
Moi qui ornai jadis un somptueux jardin,
Je me meurs, lentement, d’une peine inconnue.

J’essuierai les remords, de mon écorce nue,
De l’étrange ruisseau, tout à contre-courant,
Brassant la race humaine en un flot débordant.

K

mercredi 1 octobre 2008

V

Poème ridicule

Quand tu t’offres à moi,
Poème ridicule,
Imbu comme les rois
De tes vers majuscules,

Jusqu’à l’écœurement
Avivant les nuances,
Des couleurs, composant
Les plus mièvres alliances,

Je sens se fondre en moi
Un désespoir atroce
Et le masque sournois
D’une rage féroce ;

De ta chair gangrénée
Je dégage l’immonde
Et de tes os broyés
La moelle profonde

Et parfois, des étrons
De ton fade cadavre,
Par miracle naitront
Les plus belles des larves.

Quel plaisir, quelle joie,
Que révéler l’horreur
De ces textes narquois
Débordants de douceur !

K

IV

Ciels d’été

Libre à toi, mon amour, de dévoiler tes charmes
Et d’étendre à loisir ton corps ensorcelé ;
Ivre de ces combats, dont tu détiens les armes,
Livrés avec l’ardeur des amants condamnés
Au châtiment brûlant de tes nuits exaltées.

Ah ! Le goût parfumé de tes lèvres exquises
M’évoque la douceur des terres ensoleillées
Où se joue l’avenir de nos âmes conquises,
Unies comme les mers sous les ciels bleus d’été
Révélés dans le feu de tes tendres baisers.

K

III

Le démon

Ah ! Te voilà, démon !
Dansant et grimaçant ;
Portant tous tes délices,

Sur un flot d’immondices :
Ton sourire charmant,
Ton doux ventre fécond,

Ton sexe appétissant,
Source de tous les vices,
De nos humeurs mauvaises,

Des plus profonds malaises,
Des pulsions destructrices,
Dont nous jouissons tant !

K

II

Craque et croque

Allez crache, vieux débris, crache tes dents dans la soupe,
Mets-y toute ta rancœur, ton vieux souffle puant,
Ton halène putride,
Tes relents dégoûtants.

Craque
Croque

Mieux vaut mille fois mourir, et pourrir dans la vase,
Que craquer et croquer, comme un rat.

Craque
Croque

Crac.

K

lundi 29 septembre 2008

I

Mystérieuse inconnue

Elle se voulait discrète,
Pareille à la rosée,
Aux bourgeons minuscules,
A l’aube du printemps.

Elle se voulait secrète,
Comme ces ciels orangés,
Mystérieux crépuscules,
Nés de la nuit des temps.

On la savait précieuse,
Tout de diamant et d’or,
On la vit fabuleuse,
Révélant ses trésors.

Un instant suspendu,
Un soupir entendu,
Le temps d’un long baiser,
Empreint d’éternité.

K
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